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la grâce des brigands

Je vous avais parlé de cette « opération » lancée par PriceMinister-Rakuten ici : il convenait de se porter candidat pour la critique d’un roman choisi dans une liste, et pour ce faire, il fallait être blogueur ou blogueuse.

J’ai choisi « la Grâce des Brigands » écrit par Véronique Ovaldé.

Ne connaissant pas particulièrement l’auteur, je me suis fiée au résumé du livre qui nous en était proposé. J’ai été sensible au fait que ce roman se passe aux Etats-Unis, à Los Angeles, en particulier, et même à Santa Monica, le rêve absolu.

Il raconte l’histoire de Maria Cristina Väätonen qui quitte sa famille dans le Grand Nord pour devenir écrivain.

Cela ressemblait pour moi à une success story comme on les aime, ce genre de conte de fée des temps modernes auquel on succombe toujours.

Le livre est construit avec des flashbacks, notamment le récit de l’enfance malheureuse de Maria-Cristina qui nous est décrite un peu trop longuement et précisément à mon goût, jusqu’au moindre détail de l’herbe.

Je croyais arriver dans un monde de strass et de paillettes, mais si le tout début du roman se passe bien à proximité de la plage de Santa Monica dans une belle demeure, le retour à l’enfance assez sordide, casse le rythme. Certes, l’intrigue tourne bien sûr autour ces conditions de l’enfance, ce qui fait que l’évolution de Maria Cristina est particulièrement intéressante, parce qu’elle a su rester en retrait pendant tout ce temps.

Elle fait figure d’un vilain petit canard, qui ne se fait pas remarquer mais lit des livres en cachette dans le poulailler. Le drame de sa vie arrive quand elle veut montrer à sa soeur des serpents qui se rassemblent, et sous la choc sa soeur tombe dans le ravin, et en reste handicapée. Un poids lourd à porter, une ambiance très lourde avec sa mère bigote, et un père atteint de mutisme, mais qui préfère cette fille-là, peut être parce qu’elle ressemble à sa mère à lui, morte à sa naissance d’une crise cardiaque, comme si les drames et le poids de la culpabilité se transmettaient d’une génération à l’autre.

Bizarrement, son père sera son complice pour l’envoyer étudier à Los Angeles, lieu de toutes les perditions pour sa mère.

Sur place, Maria Cristina a la chance de trouver une colocataire, très différente d’elle mais fidèle. C’est en la remplaçant pour le poste de secrétaire d’un écrivain célèbre, Rafael Claramunt, dont Maria Cristina a lu tous les livres, que son destin prendra un tour déterminant.

Elle n’a que 16 ans, est vierge, mais devient la maîtresse de cet écrivain, dont elle tombe amoureuse. Il lui permettra de trouver un éditeur, ce qui changera radicalement sa vie, car elle sera médiatisée, voyagera dans le monde entier.

Dans son livre intitulé « la Vilaine Soeur », elle raconte son histoire, avec sa soeur, prétendant que ses parents sont morts, jusqu’au jour où sa mère l’appelle pour lui demander de prendre en charge le fils de cette même soeur. Bien que stupéfaite, elle débarque en voiture de location avec une jolie valise dans cette masure de son enfance  pour trouver une mère fripée, proche de la folie, lui demandant d’emmener son neveu, préférant Los Angeles au monde de sa soeur qui semble être intégrée dans une secte.

Maria Cristina s’intéresse peu à l’enfant, et décide de partir de nuit… mais son neveu semble être propulsé par le même 6e sens qu’elle même enfant, et s’est caché dans sa voiture. Finalement Maria Cristina l’emmène et finit par s’y attacher.

Sa relation évolue aussi avec le chauffeur de l’écrivain, et à la toute fin, on comprend que l’écrivain a véritablement abusé en prenant une grosse commission d’apporteur d’affaires sur le bestseller de Maria Cristina. Elle lui signifie alors la fin de leur relation.

A un moment donné, on se rend bien compte qu’il s’agit d’un récit, qu’une personne raconte, mais ensuite, il n’y a pas de reprise… assez curieux ! A la page 11, entre parenthèse, l’auteur indique : « j’ai abandonné le projet d’écrire l’histoire de Maria Cristina comme une biographie (…). J’ai décidé de faire dans l’approximation. J’ai décidé de faire avec ce que je sais d’elle. Et ce qu’on m’a dit d’elle ».

Là, j’ai été un peu perdue, ne sachant plus exactement qui racontait l’histoire, si cette Maria-Cristina avait vraiment vécu. Je pensais trouver quelque part une autre explication, mais rien jusqu’à la fin. Cette précision, cet effet de style était-il nécessaire ?

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Mon avis :

L’histoire est intéressante, mais je trouve que le rythme est lent, et ne comporte pas assez de dialogues pour rendre les personnages vraiment vivants. La partie sur l’enfance est trop longue, du genre qu’on n’ait plus trop envie de reprendre le livre où l’on s’était arrêté.

Cependant, c’est la fin qui retient l’attention, l’arrivée de l’enfant, l’amour, la construction d’un couple, et un drame final, qui ne gêne même pas. Le récit d’un destin finalement tragique, car il y a viol aussi…  Il manque aussi de l’émotion, comme si l’auteur ne savait pas les dépeindre. Peut être l’impression que l’histoire aurait pu être mieux utilisée avec plus de force et aussi d’humour, car la tonalité est quand même assez grise.

Par exemple, dans un livre comme « Autant en emporte le vent », une de mes références, il y a des moments tragiques, mais d’autres moments où l’on rit aussi, dans « La Grâce des Brigands », très peu de rires, de sourires, voire jamais.

En plus, je n’adhère pas non plus à ces scènes où l’héroïne boit beaucoup, même au volant de sa voiture. C’est souvent ce que l’on trouve dans les romans situés aux Etats-Unis, est-ce vraiment nécessaire, comme s’il fallait boire pour vivre quelque chose de passionnant quand on sait les ravages de l’alcool à plus ou moins long terme… ce n’est pas la peine de souligner ces « travers ».

Comme l’auteur a opté pour un côté réaliste, je regrette aussi que les relations avec l’écrivain Claramunt ne soient pas plus développées : c’est quand même curieux qu’une jeune fille de 16 ans noue une relation sexuelle avec un homme plus âgé, alors qu’elle est totalement inexpérimentée et que cela se passe aussi bien. C’est étonnant, peu vraisemblable. Peut être aussi est-ce dû au fait que cette jeune fille ait tant refoulé ses sentiments et son côté émotionnel pendant toute son enfance, mais en général, la conséquence est plutôt une explosion que de continuer dans la retenue ?

Je verrai bien une adaptation cinématographique de ce livre. Je me demandais si le mot « grâce » du titre était employé pour le charme et l’élégance ou pour le pardon. La toute dernière phrase du livre dit : « Ne t’occupe pas de Claramunt, laisse-le chavirer en paix, il y a une certaine grâce chez les perdants, les plagiaires et les brigands ». 

A noter comme il est indiqué sur la 4e de couverture du livre, que Véronique Ovaldé en est à son quatrième roman aux éditions de l’Olivier. Ces deux premiers livres ont été très primés :

« Et mon coeur transparent » : prix France Culture-Télérama 2008,

« Ce que je sais de Vera Candida » : Grand Prix des lectrices de Elle 2010, prix France Télévisions 2009, prix Renaudot des lycéens 2009,

« Des vies d’oiseaux » en 2011.

L’auteur :

220px-V.0.Photo1BDPour établir cette « critique », je n’ai consulté aucun autre avis sur le net. Je n’ai même pas voulu en connaître plus sur l’auteure. Maintenant que ceci est fait, je peux me référer à wikipédia, où l’on peut découvrir qu’il s’agit d’un jeune auteur, née en 1972.

Véronique Ovaldé est connue comme la « reine du mot juste ». Elle est également éditrice chez Points, responsable du roman noir (on comprend davantage l’ambiance de son roman).

Quand j’ai découvert sa photo, il m’a semblé que Maria-Cristina Väätonen lui ressemblait bien physiquement selon la description qu’elle en faisait.

Je crois que j’aimerais découvrir d’autres de ses livres, celui-ci est bien écrit.

Comme il s’agit de lui attribuer une note, comme j’ai été heureuse de la fin, que j’ai refermé ce livre avec une sensation de bien être, par rapport au sens de la vie, et la philosophie qui s’en dégage, je lui attribue la note de 16/20, en regrettant cependant qu’il n’y ait pas une vraie happy end, parce que j’aime toujours autant les contes de fée, et que le style Pretty Woman ne me dérange pas. J’ai hâte de voir les avis des autres blogueurs quant à ce livre, c’est toujours intéressant de confronter les avis.

Merci à PriceMinister pour cette opération à laquelle 1000 blogueurs ont participé.

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